La première intervention de Jacqueline Maquet «au perchoir» a été consacrée aux expulsions.
Avec la fin de la trêve hivernale des expulsions, les locataires en cessation de paiement sont à nouveau confrontés au risque de se retrouver à la porte de chez eux. Des expulsions contre lesquelles la députée PS Jacqueline Maquet s'élève, à la faveur de la discussion à l'Assemblée nationale sur la loi Boutin consacrée au logement.
> Les expulsions ont repris depuis quelques jours. Vous qui avez travaillé pendant quarante ans à Pas-de-Calais Habitat et avez fait du logement votre spécialité à l'Assemblée nationale, quelle est votre position ?
« Je pense que l'on peut vraiment faire autrement que d'expulser les gens. Quatre-vingt-quinze pour cent des locataires qui se retrouvent dans cette situation sont de bonne foi. Ce qu'il faut, c'est les aider à se maintenir dans leur logement en ne les laissant pas s'enliser dans les impayés.
Grâce à un amendement à la loi Boutin proposé par le groupe socialiste de l'Assemblée nationale, les préfets devront mettre en place une commission de prévention des expulsions. Je vais demander que, dans le Pas-de-Calais, celle-ci prenne les dossiers très en amont. Dès la première assignation. Pour que l'on puisse agir. Ce qu'il faut éviter aussi, c'est de bloquer l'APL... C'est ce que l'on fait actuellement. Or, cette suspension de l'aide personnalisée au logement précipite la chute du locataire. Et parfois aussi celle de son propriétaire d'ailleurs... Les gros bailleurs savent gérer ces situations, mais les petits propriétaires, eux, ont souvent besoin de leur loyer pour rembourser leurs emprunts, ou simplement pour vivre. » >
Qu'est-ce qui vous inquiète dans la loi Boutin ?
« C'est qu'elle ramène la procédure d'expulsion de trois à un an. En cette période de crise, c'est une très mauvaise idée. Il y a 100 000 expulsions chaque année en France et 100 000 SDF. Je ne veux pas faire de raccourci hâtif, mais il faut reconnaître que la frontière entre l'expulsion et le fait de se retrouver sans domicile fixe est très mince... » >
Pourtant, en principe, on ne peut plus expulser quelqu'un sans lui proposer une solution de relogement.
« Oui. Enfin... On confond souvent relogement et hébergement. Pas mal de femmes seules, notamment, se retrouvent en fait dans des foyers, dans l'incertitude la plus complète. Pour reloger les gens, il faut des logements disponibles. Or, nous savons bien que c'est ce qui manque le plus actuellement... » > Pas à Arras en tout cas. Des logements vacants, il y en a partout... « C'est vrai. Je suis d'ailleurs un peu affolée lorsque je vois le nombre de panneaux à louer ou à vendre sur les immeubles neufs. Le problème, c'est que les loyers de ces logements ne sont pas accessibles aux populations les plus modestes. La preuve, c'est que dans le même temps, nous avons 3 200 demandes de logements non satisfaites auprès des bailleurs sociaux de l'Arrageois.
Les logements qui sont actuellement sur le marché ont été construits dans une finalité de défiscalisation, grâce aux lois de Robien ou Borloo. Ils ont été proposés comme de bons placements à des gens de la classe moyenne qui cherchaient quoi faire de leurs économies. J'ai bien peur que ces personnes ne soient à présent très déçues... Je trouve que depuis 1995, à Arras, nous y sommes allés trop fort avec ce type de logements alors que, dans le même temps, un coup de frein a été donné sur le logement social. Nous nous trouvons en ce moment face à une inadéquation entre l'offre et la demande.
J'en ai souvent parlé avec le maire d'Arras. Je comprends bien ses arguments de nécessaire mixité sociale. Mais l'équilibre n'est pas bon. Dans une opération immobilière, il faut au moins 30 % de logements sociaux. Et le problème, c'est qu'une politique d'habitat, cela se planifie quinze ans à l'avance... »
> Si vraiment ces appartements ne trouvent pas preneur, ne peut-on pas imaginer que des bailleurs sociaux les rachètent ?
« Il faudrait que leurs prix soient sérieusement révisés à la baisse. Ce qui n'est pas le cas. Mais cela viendra peut-être... Ce qui se fait déjà, en revanche, c'est que des bailleurs sociaux rachètent des logements sur plan. Avant construction. Il y en a 30 000 au niveau national, dont 177 dans le département et une vingtaine pour Arras.
> Pour en revenir aux expulsions... « Si vous permettez, il y a un point sur lequel j'aimerais attirer l'attention. Il y a beaucoup d'expulsions qui ne disent pas leur nom et qui n'apparaissent sur aucunes statistiques... C'est lorsque les gens quittent leur logement d'eux-mêmes, parce qu'ils ont été intimidés par un courrier d'huissier ou du propriétaire leur disant par exemple que, s'ils veulent éviter une expulsion manu militari, ils doivent rendre les clefs tout de suite. Lorsque cela arrive, il faut aller déposer un dossier loi Dalo en préfecture. Cela permet de bénéficier d'une certaine protection. »
Comment fait-on ?
« Le mieux est de se faire aider par son assistante sociale. » > Mais tout le monde n'a pas d'assistante sociale... « Il suffit d'aller en consulter une. À la maison départementale de la solidarité, par exemple. C'est aux Bonnettes. »
Article : La Voix du Nord -Propos recueillis par F.TOURBE
|